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L’amour en spray

« Augmentez votre pouvoir de séduction à l’aide des formules de phéromones humaines les plus puissantes. »

Voilà la merveilleuse promesse de nombreux sites de ventes de parfums à base de « phéromones humaines » en ligne. Votre « crush » vous résiste ? Quelques gouttes de ces élixirs d’amour vaporisées sur la peau et il ou elle vous tombera dans les bras : le coup de foudre assuré ! Cela vaut bien les 70 euros à payer pour les 36 millilitres –soit l’équivalent d’une grosse cartouche d’encre pour imprimante…

STOP !!! Avant de vous lancer dans cette expérience aussi inefficace que dévastatrice pour votre porte-monnaie, il est temps de faire un petit point sur ces soi-disant « phéromones de l’amour ».

« C’est de l’arnaque pure et simple », assène Patricia Nagnan-Le Meillour, spécialiste du sujet à Lille (INRA/CNRS). C’est bien simple, nous, humains, ne sommes même pas en capacité de percevoir les phéromones ! Et les dernières études scientifiques internationales en la matière le confirment. « Chez l’humain, nous pensons que l’organe qui détecte les phéromones chez les primates a disparu au moment de l’apparition de la vision des couleurs, dorénavant prédominante sur l’ensemble de nos sens. Par ailleurs, une phéromone ne s’apprend pas ! On a les récepteurs ou on ne les a pas », martèle la chercheuse.

Les phéromones humaines n’existent pas !

Mais revenons sur la définition. Une phéromone est une « substance –ou un mélange de substances– qui, après avoir été sécrétée à l’extérieur par un individu (émetteur), est perçue par un individu de la même espèce (récepteur) chez lequel elle provoque une ou plusieurs réactions spécifiques. Les phéromones ne sont pas des odeurs, elles n’ont pas besoin d’être odorantes ou volatiles, du moment que le signal est une substance chimique qui est échangée entre congénères. » Or, à ce jour, ni l’existence des phéromones humaines ni la présence de récepteurs chez les humains ne sont avérés.

En revanche, chez les animaux, c’est une autre histoire. Car eux ont conservé leurs émetteurs-récepteurs de phéromones et ça marche très bien ! « Nous avons par exemple démontré qu’un animal qui n’a jamais eu de relation sexuelle n’a pas besoin d’apprendre à repérer une femelle : il sait tout de suite quel comportement adopter. La phéromone ne nécessite pas d’apprentissage ! », explique Patricia Nagnan-Le Meillour.

Les phéromones qui déclenchent des comportements innés

La grande majorité des phéromones appartiennent à la catégorie dite incitatrice. Autrement dit, elles déclenchent chez l’animal receveur un comportement stéréotypé, inné mais réversible.

Il y a les signaux sexuels bien-entendu…

Les femelles papillons attirent le mâle à distance grâce à des phéromones. Une fois le mâle sur place, il secrète à son tour une phéromone aphrodisiaque afin que la femelle l’accepte…

Lors de la période de reproduction, l’urine des femelles éléphant d’Asie Elephas maximus en chaleur contient une phéromone qui attire irrémédiablement les mâles qui vivent loin du troupeau.

Le porc, quant à lui, use de phéromones aphrodisiaques pour immobiliser sa douce lors de l’acte sexuel…

Mais les phéromones sont loin de n’avoir qu’un rôle dans la reproduction…

Les punaises vertes, entre autres, se servent des phéromones pour avertir de la présence d’un prédateur ou d’un danger.

Le coléoptère Rhynchophorus palmarum utilise des phéromones de regroupement qui agissent comme un sifflet pour rameuter la troupe lorsqu’il trouve de la nourriture.

Phéromones de piste, phéromones territoriales, phéromones de maintien de la hiérarchie, phéromone du comportement maternel… La liste est longue !

Les phéromones qui modifient la physiologie

Une autre catégorie regroupe les phéromones modificatrices : celles-ci ne provoquent pas de réaction immédiate mais modifient à long terme la physiologie de l’animal receveur.

La substance royale produite la reine des abeilles bloque l’activité ovarienne des ouvrières et donc leur reproduction afin de conserver son statut de cheftaine.

Chez la souris, les phéromones des mâles modifient la physiologie des femelles : déclenchement de la puberté, synchronisation des cycles œstraux et même avortement de la femelle qui attend des petits !

Bref, vous l’aurez compris : exit les sprays de l’amour et vive les économies ! Et si « le cœur a ses raisons que la raison ne connait point », ce n’est pas sur les phéromones qu’il faut tabler pour obtenir des explications chez les humains.

Alexandra Pihen

 

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