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Tous égaux face à l’empreinte carbone ?

De 1990 à 2015, les émissions de dioxyde de carbone ont augmenté d’environ 60 % dans le monde, et ont doublé depuis le milieu du XIXème siècle. Ces émissions sont souvent calculées par pays mais est-ce la bonne solution ?

Les émissions “carbone” sont calculées par pays…

Et les pires pollueurs du monde sont…

Voici le classement des pays émettant le plus de CO2 en 2018, en millions de tonnes :

Le classement est différent en intégrant la population par pays

Mais attention, déjà ici,  une observation des émissions en prenant en compte le nombre d’habitants pour chaque pays dresse un tableau différent…

Le voici en tonnes de CO2 émises par habitant dans une sélection de pays en 2017 :

Mais ces calculs cachent les inégalités individuelles au sein des pays

Les 10 % les plus riches sont responsables de 49 % des émissions mondiales en 2015

Au sein de chaque pays, les individus sont loin de contribuer de la même façon à ces émissions ! Alors qui consomme quoi ? La réponse en image grâce à la « coupe à champagne » de l’inégalité mondiale en matière d’émissions de CO2 en 1990 et en 2015 :

De bas en haut, la largeur de « la coupe » correspond à la contribution aux émissions mondiales des personnes les plus pauvres (en bas) et des personnes les plus riches (en haut). Résultat, les personnes dont les revenus augmentent contribuent de plus en plus aux émissions mondiales. Par ailleurs, la « coupe », plus large en 2015, illustre l’augmentation des émissions par rapport à 1990 : cette croissance s’est produite en grande majorité dans la moitié de la population mondiale aux revenus les plus élevés.

Les 5 % les plus riches contribuent à eux seuls à plus d’un tiers des émissions mondiales

Le « dinosaure des impacts » illustre la répartition mondiale de la croissance des émissions de 1990 à 2015. Chaque barre représente la part de la croissance mondiale totale des émissions sur la période associée à la consommation par tranche de 5 % de la population mondiale, de la plus pauvre (à gauche) à la plus riche (à droite) :

L’impact disproportionné des personnes les plus riches du monde est indéniable : près de la moitié de la croissance totale des émissions absolues est due aux 10 % les plus riches, les 5 % les plus riches contribuant à eux seuls à plus d’un tiers (37 %). La moitié restante est due presque entièrement à la contribution des 40 % intermédiaires de la distribution mondiale des revenus. L’impact de la moitié la plus pauvre de la population mondiale est quasiment négligeable…

Dans quels pays se trouvent les personnes les plus émettrices de la planète (et donc les plus riches) ?

Problème : la planète surchauffe et les inégalités se creusent !

L’accord de Paris, signé par 195 pays sur les 197 que reconnaît l’ONU, vise à contenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C d’ici 2030, par rapport aux températures de l’époque préindustrielle en 1900. Or pour atteindre ce scénario, chaque individu dans le monde ne devrait pas émettre plus de 2,1 tonnes de CO2 par an. Mais le constat actuel ne va pas dans ce sens…

Voilà le bilan de l’empreinte carbone en tonnes de CO2 par personne et par an en 2015 :

Les gouvernements doivent agir sur les inégalités au sein des pays !

Une taxe carbone variable à l’intérieur de chaque pays, en fonction du niveau de pollution émis par chacun.

C’est la solution proposée par les économistes Lucas Chancel et Thomas Piketty afin de mieux aligner les contributions aux fonds d’adaptation à la distribution mondiale des émetteurs :

Une proposition de loi en France pour l’établissement d’un quota carbone « avion » individuel.

A court-terme, des dispositions relatives à des actes ou des achats fortement émetteurs de carbone peuvent être prises.
Enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 30 juin 2020, une proposition de loi vise à instaurer un quota carbone individuel identique pour tous afin de limiter l’usage de l’avion, hors déplacements professionnels.

Des propositions d’Oxfam, une confédération internationale qui réunit 19 organisations affiliées à travers le monde pour lutter contre la pauvreté.

Pour la confédération qui lutte contre la pauvreté dans le monde, le gouvernement français doit, outre des mesures essentielles pour faire évoluer l’approvisionnement énergétique au profit de sources renouvelables durables, envisager les leviers suivants :

  • Investir massivement dans les services publics – santé, éducation, protection sociale – pour assurer les besoins de base ;
  • Revaloriser les minimas sociaux et les bas salaires, à commencer par les métiers du secteur du soin où les femmes sont majoritaires ;
  • Faire en sorte que les plus riches et les grandes entreprises payent leur juste part d’impôts ;
  • Mettre en place des contreparties sociales et écologiques contraignantes pour les grandes entreprises.

Vous l’aurez compris, pour sauver la planète, il faut d’abord réduire les inégalités au sein des pays !

Alexandra Pihen & Bien fait pour ta com’

 

Sources :

Combattre les inégalités des émissions de CO2 – La justice climatique au cœur de la reprise post COVID-19 – Oxfam – Septembre 2020 ;

The carbon inequality area – Sivan Kartha, Eric Kemp-Benedict, Emily Ghosh et Anisha Nazareth, Stockholm Environment Institute, et Tim Gore, Oxfam – Septembre 2020 ;

Carbon and inequality: From Kyoto to Paris – Trends in the global inequality of carbon emissions (1998-2013) & prospects for an equitable adaptation fund – Lucas Chancel et Thomas Piketty – November 2015.

 

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