Dossiers, La coopération à tous les niveaux

La forêt, un milieu très branché

Grâce à leurs racines, les arbres échangent entre eux de la nourriture… mais aussi de nombreuses informations. Et ils communiquent parfois avec d’autres espèces. Comment se déroulent ces interactions ? Sont-elles toujours bénéfiques pour les arbres ? On te raconte quatre histoires bien enracinées… et illustrées.

Arbres et Champignons : association de bienfaiteurs

Lorsque tu te balades en forêt, tu ignores peut-être que tu mets les pieds… sur une longue histoire d’amour ! Celle qui nous unit – nous les arbres – avec les champignons. Je ne me rappelle même plus à quand elle remonte, ça fait partie de notre nature de plante, espèce végétale à laquelle nous appartenons. La plupart d’entre nous avons besoin des champignons… et ils ont aussi besoin de nous : c’est donnant-donnant ! Ils ont commencé par nous filer du carburant : jusqu’à 80 % du phosphore dont nous avons besoin, 25 % de l’azote, mais aussi des acides aminés et de l’eau. En échange, on leur donne une forme de carburant de notre fabrication : de la matière organique, en particulier du carbone, et de bonnes vitamines. Cette forte coopération est appelée symbiose. Comment ça fonctionne ? C’est assez simple. Nous, on a des racines, et eux, des filaments qui peuvent s’accrocher à chacune de nos racines sur 3 à 80 mètres ! Là aussi ce “réseau social” porte un nom : la mycorhize. Mais dans ce monde en vert, tout n’est pas si rose. Il y a quand même de la compétition avec mes amis les arbres : plus je fournis de carbone aux champignons, plus je serai récompensé en phosphore et en azote ! Et je pourrai dépasser mes amis en taille. Quand j’aurai poussé d’ailleurs, toujours grâce au réseau mycorhizien, je pourrai nourrir les plus jeunes arbres à côté de moi. Mais là encore, il y aura de la sélection. Je serai plus généreux envers les arbres de mon espèce qu’envers les autres espèces. La famille d’abord.

Acides aminés : éléments de base pour la constitution des protéines. Les protéines sont essentielles au bon fonctionnement des organismes vivants.
Matière organique : c’est la matière qui constitue les organismes vivants (végétaux, animaux, champignons) et est produite par eux. Elle est composée d’éléments naturels comme l’eau et le carbone.
Symbiose : association étroite de deux ou plusieurs organismes différents, mutuellement bénéfique, voire indispensable à leur survie.
Mycorhize : structure souterraine formée par l’association entre les filaments des champignons et les racines d’une plante ou d’un arbre.
Réseau mycorhizien : réseau souterrain permettant la connexion entre deux arbres. Il se forme lorsque les racines de ces deux arbres sont colonisées par les filaments d’un même champignon qui va alors les relier entre elles.

Chez les Hêtres : une éducation « à la dure » qui porte ses fruits

La vie de famille c’est sacré. Surtout pour nous, les hêtres. Avec mes frères et mes sœurs, nous poussons tranquillement auprès de nos parents qui sont déjà immenses – ils font près de 30 mètres. Moi, je mesure à peine 1 mètre 20. Il faut dire que je suis tout jeune : je n’ai que 40 ans. C’est vrai, j’aurais pu grandir plus vite… surtout si mes parents me laissaient plus de lumière ! Les rayons du soleil sont ma source d’énergie favorite. Mais ils ont formé avec les arbres voisins un toit épais au-dessus de ma tête avec leurs immenses houppiers. Je n’ai accès qu’à une toute petite partie de la lumière : seulement 3 % des rayons du soleil parviennent jusqu’à moi. « Ah, mais c’est pour ton bien ! », me disent mes parents. Certes, plus un arbre grandit lentement, plus il sera résistant et fort. Et cette éducation « à la dure », me permettra de vivre plus longtemps. Mais bon, je dois faire preuve d’une patience exemplaire, car cela prendra plusieurs centaines d’années avant que je n’atteigne la même hauteur qu’eux. En attendant, ils veillent sur moi : nous gardons le contact via nos racines et le réseau mycorhizien. Je reçois de leur part des sucres et des éléments nutritifs, jusqu’à ce qu’un jour sûrement, je devienne aussi grand et fort qu’eux. Patience et longueur de temps, nous rendent presque éternels…

Houppier : l’ensemble des branches situées au sommet de l’arbre.
Réseau mycorhizien : réseau souterrain permettant la connexion entre deux arbres. Il se forme lorsque les racines de ces deux arbres sont colonisées par les filaments d’un même champignon qui va alors les relier entre elles.

Le grand chêne et le hêtre

J’étais autrefois un grand et majestueux chêne. Lorsque j’ai accueilli le petit hêtre dans ma forêt, il n’était pas plus haut qu’une brindille. Plus de parents, pas de famille aux alentours, il était seul, issu d’une graine apportée par un geai.

A l’ombre de mon grand houppier, ce petit hêtre a grandi sous ma protection pendant de nombreuses années. Son éducation ? Elle n’a pas été de tout repos. Il s’est vite montré irrespectueux, faisant fi des règles de bonne conduite. Le petit chapardeur a étendu ses racines dans les moindres recoins où j’avais laissé un peu d’espace afin de dérober l’eau et les nutriments que je m’étais patiemment mis de côté.

J’ai commencé à me sentir de plus en plus faible et jour après jour, je perdais de ma vigueur. Au bout de 150 ans, le petit hêtre était devenu aussi grand et fort que moi. Il a continué de croître, développant un houppier gigantesque qui lui a permis de capter presque toute la lumière disponible.

Privé de nourriture, j’ai dû me contenter des quelques éclats de soleil laissées par mon envahissant voisin. Cela fait plusieurs dizaines d’années que cela dure et je sens que mes forces m’abandonnent… la fin est proche. Un jour sûrement, un insecte comme le bupreste viendra pondre ses œufs sous mon écorce. Les jeunes larves grignoteront peu à peu mon enveloppe, mon heure sera venue. Et voici comment le grand arbre que j’étais fut terrassé. Il faut parfois se méfier des plus petits que soi !

Houppier : l’ensemble des branches situées au sommet de l’arbre.
Bupreste : insecte de la famille des coléoptères dont les larves creusent des galeries dans l’écorce et dans le bois de arbres. Ces galeries causent d’importants dégâts, en bloquant notamment la circulation de la sève dans l’arbre.

Le bouleau qui bossait pour un sapin

Moi, le bouleau, je porte bien mon nom. En effet, comme beaucoup d’arbres, je travaille dur à échanger de la nourriture et des informations avec les autres arbres de la forêt dans laquelle j’ai grandi. Mon protégé préféré ? Le sapin de Douglas. Au Canada, où je vis, des chercheurs ont relevé ce que j’échange avec lui par l’intermédiaire de la mycorhize : j’envoie des sucres aux jeunes sapins qui manquent de lumière. Ayant travaillé tout l’hiver pour cette cause, le sapin me dépasse en taille et vit plus longtemps que moi ! Jusqu’à 500 ans alors que, moi, j’ai la même durée de vie qu’un humain… Mais à la mauvaise saison, quand fort dépourvu j’ai perdu mes belles feuilles, le sapin se montre reconnaissant et m’envoie des sucres. Le travail paye toujours !

Mycorhize : structure souterraine formée par l’association entre les filaments des champignons et les racines d’une plante ou d’un arbre.

Par Thomas Allard et Claire Manière, JS 27 (ESJ Lille)

Illustrations : Annie Montrichard (@Animagesenhistoires)

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