Dossiers, La coopération à tous les niveaux

La coopération comme moteur des apprentissages

Il y a 100 ans, le français Célestin Freinet fondait une pédagogie révolutionnaire en plaçant l’élève et la coopération au cœur de l’apprentissage. Quatre classes du collège Rabelais de Mons-en-Barœul ont adopté cette méthode de travail.

Ah ! L’école… Certains aiment, d’autres moins. Mais qui ne s’est jamais demandé un jour à quoi bon apprendre cette formule de maths en comptant les minutes avant la sonnerie ?

Le pédagogue Célestin Freinet devait sûrement se poser les mêmes questions. En 1920, il invente avec sa femme Elise Freinet une nouvelle méthode d’apprentissage. Son projet : permettre aux enfants d’apprendre à l’école avec plaisir. Comment ? En enseignant à partir des questions et des travaux des élèves, tout en favorisant la coopération plutôt que la compétition au sein de la classe. L’idée consiste à amener les élèves à avoir envie de connaître la formule de maths, parce qu’elle répond à une question qu’ils se posent.

Si la pédagogie Freinet fête cette année ses 100 ans, elle est toujours d’actualité. Adoptée principalement dans des écoles primaires, quelques collèges se sont également lancés dans l’aventure. C’est le cas du collège Rabelais à Mons-en-Barœul, dans le nord de la France, où l’expérimentation a débuté il y a 7 ans. De la sixième à la troisième, une classe par niveau utilise les méthodes du pédagogue. C’était, à l’origine, un outil pour lutter contre le manque de motivation, et pour permettre aux élèves de l’école primaire voisine de pouvoir poursuivre cet enseignement. Le collège Rabelais fait partie du réseau d’éducation prioritaire renforcé qui identifie les établissements situés dans des zones en difficulté pour leur apporter de l’aide.

Retour au collège…

Les élèves des classes Freinet passent inaperçus dans les couloirs du collège Rabelais. « Ce sont vraiment des classes comme les autres, explique Stéphanie Jolivet, professeure de français dans l’établissement. L’emploi du temps et les programmes sont les mêmes. Il n’y a que la façon d’apprendre qui change ! » Créations mathématiques, “quoi de neuf ?”, rédaction de textes libres… Dans chaque discipline, le point de départ du cours, ce sont les élèves et leurs travaux.
La coopération est au cœur de la pédagogie, qui part aussi du principe que les professeurs ne sont pas les seuls à pouvoir apprendre des choses aux autres. Les projets en groupe sont encouragés. Ceux qui réussissent le mieux aident leurs camarades. « C’est différent de l’école traditionnelle où chacun travaille pour soi et où, si l’on regarde son voisin, ce n’est pas vue comme une bonne chose parce que cela signifie qu’on bavarde ou qu’on copie… », explique collège Rabelais, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à l’Université de Caen Normandie.

Un conseil est organisé une fois par semaine pour discuter de la façon dont les élèves vivent et travaillent ensemble, ainsi que pour partager des idées et des projets communs.
Cette coopération dépasse même les murs de la classe, puisque Célestin Freinet a développé le principe de la correspondance scolaire : échanger et partager des travaux au-delà même de son école.

Une réussite ?

Au niveau de l’acquisition de connaissances scolaires, les résultats sont comparables aux élèves des collèges classiques. Mais les classes Freinet assimilent des compétences supplémentaires. « Ce qui m’a le plus impressionnée, explique la professeure de français, c’est la progression à l’oral et le sentiment de légitimité que ressentent les élèves. Tout le monde a une place. Aucun élève ne se met en retrait, parce qu’il estimerait que l’école, ce n’est pas pour lui. » A l’épreuve orale du brevet, sur un total de 100 points, les collégiens des classes Freinet « sont environ 20 points au-dessus des autres… », confie-t-elle.

De meilleurs résultats, qui s’expliquent peut-être par l’enthousiasme des élèves : « Ce qui me paraît dramatique aujourd’hui, c’est que l’école traditionnelle, qui devrait être un lieu d’épanouissement, est un lieu d’ennui, souffle Laurent Lescouarch. Je suis des établissements expérimentaux qui utilisent la méthode Freinet, où les adolescents prennent plus de plaisir à venir au collège… » Pourquoi alors la pédagogie ne fait-elle pas plus d’adeptes ? D’abord, parce qu’elle n’est pas facile à mettre en place. Cela demande beaucoup de temps aux professeurs d’adapter tout un programme en fonction des travaux des élèves. Ensuite, cela nécessiterait la formation de tous les enseignants, et une réorganisation complète du système scolaire. Mais, une chose est certaine, entre l’ennui à l’école et l’école buissonnière, il existe bel et bien des alternatives !

Par Pauline Fricot, JS 27 (ESJ Lille)

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